Milton Erickson

Lecture on misconceptions in hypnosis and hypnotic phenomena
Leçon sur les idées fausses au sujet de l’hypnose et sur les phénomènes hypnotiques

1955, Philadephia 

Durant cette leçon, identifiée comme se déroulant à Philadelphie en 1955 en présence des Drs Lecron, Kroger, Hershmann et consorts, à l’intention de psychiatres se formant à l’hypnose, Erickson revient d’abord sur des idées fausses très courantes au sujet de l’hypnose pour les corriger les unes après les autres.

Dans un second temps, il donne une série d’explications et de conseils au sujet de l’induction et de l’utilisation de l’hypnose et des phénomènes hypnotiques.

J’ai pris la liberté de noter sous forme de liste le résumé point par point. Le mieux reste d’écouter la conférence entièrement car elle contient des remarques, des exemples, des outils que je n’ai pas inclus dans les notes résumées. Mais comme elle n’est pas traduite, si vous avez des questions sur un point en particulier, posez-les en commentaire ou sur le forum.

Bonne écoute !

1ère partie : où il corrige des idées fausses sur l’hypnose

  • Vous ne pouvez pas apprendre l’hypnose auprès d’un hypnotiseur de spectacle si vous souhaitez en faire une application médicale ou thérapeutique
  • L’hypnose n’est pas un don mais est un phénomène ordinaire qui peut être appris par n’importe qui capable de communiquer avec quelqu’un d’autre
  • L’hypnose ne fait pas de miracles mais demande du temps, du travail et beaucoup d’efforts
  • Être en hypnose ne signifie pas être « inconscient », perdre conscience, mais une forme contrôlée de conscience et de perception
  • Être en hypnose ne signifie pas perdre le contrôle ou abandonner son libre arbitre. L’hypnose est une coopération entre le sujet l’opérateur. L’hypnose est une question de distribution des rôles dans une situation donnée
  • L’hypnose n’affaiblit pas l’esprit
  • La suggestibilité n’est pas une obéissance, une docilité ou une perte de l’esprit critique, mais la capacité à réagir aux idées. Pour cela il faut utiliser sa compréhension critique et associative
  • On ne révèle pas de secrets ou de choses intimes en hypnose
  • On ne peut pas forcer une personne à faire ce qu’elle ne souhaite pas en hypnose. L’hypnose est coopérative
  • On ne peut pas rester bloqué en hypnose. Il arrive seulement que certaines personnes se sentent si bien en hypnose qu’elles désirent y rester un peu plus longtemps
  • Pour réveiller rapidement une personne qui demeure un peu trop confortablement en hypnose, il suffit de faire l’inverse de ce qu’on a fait pour l’y plonger
  • En cas de rupture de la coopération en l’opérateur et le sujet, le sujet se réveillera automatiquement
  • Il est techniquement possible de maintenir une personne 24 heures ou 38 heures en hypnose pour une démonstration quelconque, mais c’est uniquement par un accord mutuel, et avec la volonté du sujet

2ème partie : où il donne des conseil pour induire et utiliser l’hypnose

  • Communication et littéralité : chaque mot, chaque silence, articulation, intonation, expression doivent être maitrisés avec une grande précision pour fournir une communication impeccable. Les sujets en hypnose ont tendance à réagir à des compréhensions littérales. Lever la main et lever le bras ne sont pas une même chose, en hypnose.
  • Rêverie, abstraction. En hypnose (profonde), l’attention qu’on a des choses est bien plus canalisée et concentrée qu’à l’état ordinaire. Et imaginer quelque chose, c’est réellement le voir, le sentir. Un sujet en hypnose n’est plus concerné par les réalités extérieurs. L’hypnose est cette capacité à limiter son expérience consciente à une vie conceptuelle, issue de l’imagination.
  • La transe (« Trance » en anglais désigne un état second, incluant des états d’absorption profonde de type hypnotique) est un particulier état d’attention consciente
  • Ne surtout pas confondre l’induction d’une transe et l’état de transe lui-même. Le voyage vers un lieu est une chose totalement différente du séjour dans ce lieu
  • Vous devez coopérer avec votre sujet complètement
  • Ne vous demandez pas ce que vous devez faire, mais ce dont votre sujet a besoin ou envie. Toutes vos pensées doivent être orientées autour du sujet
  • Le rapport : le rapport hypnotique est cette relation (connexion) spéciale entre le sujet et l’opérateur, chacun dirigeant son attention vers l’autre, où le sujet tend à oublier le monde extérieur et à réagir uniquement à la personne qui l’hypnotise.
  • Le sujet a le droit d’inclure ce qu’il veut dans l’expérience hypnotique et d’en exclure ce qu’il veut également. N’existe pour lui que ce qu’il souhaite qu’existe pour lui à ce moment.
  • Transfert de rapport : le rapport peut être transférer d’une personne à une autre. La personne en rapport avec le sujet peut l’inviter à se mettre en rapport avec une autre personne, qui peut alors elle-même transférer le rapport. Une fois transféré, le rapport avec la première personne peut être facilement abandonné.
  • Le rapport repose entre autre sur la confiance que le sujet a dans la personne qui l’ accompagne (remarque : chez Erickson comme dans la tradition le rapport hypnotique n’est pas la relation de confiance, mais c’est un phénomène hypnotique qui repose sur la confiance)
  • Catalepsie : c’est un état spécial de tonicité musculaire où le sujet en transe hypnotique peut demeurer confortablement dans une position étrange pendant un long moment
  • La catalepsie peut se produire en transe légère, en transe moyenne, en transe profonde ou en transe stuporeuse
  • La catalepsie ne passe pas nécessairement par le maintien d’un bras. On peut la détecter à l’observation des globes oculaires, des muscles faciaux, l’immobilité, la démarche, l’économie d’efforts (exemples des transes balinaises, de l’écriture automatique), perte des réflexes
  • Le délai de réaction : il faut un temps au sujet pour digérer mentalement et mettre en acte les idées présentées. Ne pas dire « Maintenant je veux que vous fassiez ceci ou cela », mais laisser du temps au sujet
  • Hallucinations : il est possible de développer des hallucinations de toutes sortes, positives (percevoir quelque chose d’absent), ou négatives (ne pas percevoir quelque chose de présent), visuelles, auditives, tactiles, kinesthésique, olfactives, gustatives, etc…
  • Une certaine dissociation consiste à être en même temps pleinement dans une expérience hallucinatoire et en même temps à préserver une certaine compréhension de la situation hypnotique et de la relation avec l’hypnotiste et notamment pour lui commenter l’expérience au moment de la vivre.
  • On peut favoriser et accélérer le développement d’une hallucination en développant une autre hallucination sur un canal où ça fonctionne mieux. Par exemple, on peut accélérer une hallucination visuelle en développant une altération auditive ou kinesthésique (exemple de l’écran imaginaire pour créer des anesthésies)
  • Amnésies : on peut utiliser notre capacité naturelle à oublier et la diriger vers des choses particulières. L’amnésie peut être induite ou spontanée
  • Tous les phénomènes hypnotiques peuvent se manifester spontanément ou être induits volontairement, mais pas tous nécessairement chez une même personne
  • Il faut induire des phénomènes qui respectent les capacités du sujet
  • Hypermnésie : retour des détails du souvenir
  • Personne ne peut avoir de souvenir intra-utérins. N’essayez pas de régresser les sujets à ce niveau
  • Amnésie et hallucinations négatives sélectives : par exemple oublier tous les prénoms des amis qui commencent par la lettre G ; ne plus voir les gens de l’assemblée qui ont les cheveux blancs. Cela permet de faire la même chose envers certains apprentissages, certaines attitudes
  • Dissociation, suppression et répression (refoulement). En hypnose on peut opérer un refoulement d’un contenu conscient vers un niveau inconscient
  • Dissociation distractive par rêverie hallucinatoire : utiliser la rêverie hypnotique qui est un déplacement fort de la conscience pour mieux offrir le loisir à l’inconscient de travailler sur sa matière, sans participation ni observation du conscient (exemple de Sylvie qui relit mentalement des livres dans sa chambre pendant un travail expérimental de développement d’une cécité des couleurs)
  • En hypnose, l’hypermnésie permet de relire des livres déjà lus, mais pas de lire des livres que n’aurait jamais lu
  • Dépersonnalisation : dans la vie quotidienne, on alterne en permanence entre une conscience de notre identité et un oubli de notre identité. En hypnose, on peut non seulement faire oublier à une personne son identité, mais aussi à partir de là, lui permettre d’adopter l’identité d’une autre personne, du moins, insiste Erickson, ce qu’elle comprend de l’identité de l’autre personne
  • Le bouc émissaire : il est possible en hypnose de faire halluciner au sujet une personne imaginaire qui soit l’objectivation de tous les problèmes et de proposer au sujet de discuter de ces problèmes avec cette personne. (travail par dissociation des parties). Le sujet examine sa propre personnalité sans le savoir

S’en suit un temps d’échange avec l’assemblée. La qualité d’enregistrement est beaucoup moins bonne, et si un anglophone natif voulait partager une transcription de cet échange final, je lui serais très reconnaissant.

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