Janet

 

Après une démonstration minutieuse, et avant d’affiner encore sa définition, Pierre Janet (1859-1947, professeur de psychologie expérimentale au Collège de France) résume sa définition de l’hypnose comme somnambulisme provoqué et caractérisé par une amnésie, même imparfaite et temporaire. Il met en garde contre un usage vague et trop généreux du mot “hypnose” :

 

« Le somnambulisme devient donc pour nous une transformation momentanée et passagère de l’état mental d’un individu capable de déterminer chez lui des dissociations de la mémoire personnelle. (…) L’hypnotisme qui est sorti graduellement du magnétisme animal n’est pas autre chose que la production artificielle du somnambulisme. Il peut se définir une transformation momentanée de l’état mental d’un individu, déterminé artificiellement par un autre homme et suffisante pour amener des dissociations de la mémoire personnelle.

Cette définition, j’en suis certain, éclaircirait beaucoup les discussions ; mais il est évident qu’elle n’est pas parfaite et donne naissance à quelques petites difficultés. Elle obligerait beaucoup d’auteurs à restreindre l’emploi du mot hypnotisme qu’ils emploient à tort et à travers. À mon avis il n’y aurait pas d’inconvénients sérieux à supprimer le mot « hypnotisme » pour tous ces petits états d’ennui, de fatigue, d’engourdissement que l’on a si généreusement baptisés de ce nom : l’hypnotisme sera moins fréquent, voilà tout. Il y aura un peu plus de difficulté quand il s’agira de désigner des états où le changement mental déterminé artificiellement est réel, des états en particulier où la suggestibilité est très accrue, mais qui ne sont pas suivis d’amnésie même quand on essaye de la suggérer. Il se peut que de tels états approchent de l’hypnotisme et dans certains cas on peut démontrer qu’il n’en sont que le préambule, car peu de temps après on obtient l’hypnotisme complet. Je crois qu’il faudra, si le problème devenait intéressant, étudier ces états et voir ce qui les caractérise, on pourra suivant les cas employer pour les désigner les expressions « d’état de suggestion » ou « d’hypotaxie » de Durant, d’état de « charme » de Brémaud ou l’état « d’hypnoïdisation » de M. Boris Sidis. Mais dans tous les cas il y aura un avantage à ne pas les confondre avec l’hypnotisme proprement dit. Comme le disait déjà Delboeuf en 1886, « la précision du langage est indispensable aux études de psychothérapie » »

Extrait des “Médications psychologiques” Tome 1 (1919), ouvrage qui pose les fondements historiques, théoriques et pratiques d’une psychothérapie de la suggestion. J’ai déjà parlé et cité Pierre Janet et je le ferai sûrement encore bien souvent. Son érudition immense, sa rigueur impeccable, son pragmatisme et sa finesse d’esprit en font un des auteurs les plus brillants de l’histoire de la psychologie. Il n’abandonna jamais ses travaux sur l’hypnotisme et la suggestion malgré les modes changeantes. Ses travaux dans ce domaine demeurent aujourd’hui des références d’une pertinence étonnante.

Quelques repères sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Janet